Année Polaire Internationale



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carnet de bord NEEM

Valérie MASSON-DELMOTTE, responsable du programme IPEV n° 458 NEEM-France, est arrivée lundi 23 juin au Groenland pour la campagne sur le terrain. Elle nous donne régulièrement de ses nouvelles :

Mercredi 23 juillet

Le vol C130 est bien arrivé à 8h ce matin, a embarqué 5 passagers et déposé 5 nouveaux arrivants ainsi que du matériel de terrain. Les forages de prélèvement d’air du névé ralentissent car ils atteignent la profondeur où les bulles d’air sont progressivement isolées de la surface. Nous découpons en parallèle 3 forages (le forage principal et les 2 forages « gaz »). Beau résultat : nous identifions aujourd’hui l’éruption volcanique du Lakki (volcan isolandais) datant de 1783, à une profondeur d’environ 70 mètres. Cela fait un bon point de calage entre les différents forages.

Mardi 22 juillet

Après la journée passée à découper les carottes, nous préparons 15 caisses d’échantillons de glace pour leur rapatriement à Kangerlussuaq puis Copenhague. C’est agréable de mesurer le volume de travail produit et de voir les premiers échantillons sur le point d’être analysés. Nous traitons entre 20 et 30 mètres de carottes par jour. La découpe par pas de 2,5 cm permettra de suivre de manière détaillée les cycles saisonniers des derniers siècles. Je suis curieuse de comparer les résultats isotopiques obtenus à NEEM avec ceux des autres forages du Groenland. Il semble que la trajectoire des masses d’air soit vraiment différente dans ce secteur, par rapport à Summit ou NorthGRIP. L’installation du carottier profond commence à démarrer.

Dimanche 20, lundi 21 juillet

La mise en route du dôme se poursuit grâce à l’installation d’un système de récupération de la chaleur du générateur pour alimenter en eau courante le dôme, grâce à un fondoir à neige extérieur. Le grand luxe : toilettes et douche sont opérationnels (à condition le pelleter suffisamment de neige dans le fondoir auparavant). La découpe des carottes se poursuit, de même que pendant toute la journée du lundi. La météo s’améliore enfin au cours de la journée du lundi et nous apprécions de retrouver la clarté du soleil. La température est souvent de l’ordre de -5°C la journée, et descend parfois à -17°C la nuit. Nous testons le « beach ball » : la neige est fraîche et souple, impeccable. Il ne manque que la mer.

Après le "beach ball", certains ont essayé le "snow golf"

Samedi 19 juillet

Ce samedi est jour de tempête, avec des vents dépassant 100 km/h, une visibilité très réduite mais des températures relativement douces, de l’ordre de -6°C. Dès qu’il neige suffisamment, j’échantillonne la neige sur une table afin de connaître ensuite sa composition isotopique et de la mettre en relation avec la trajectoire des masses d’air. La soirée du samedi s’achève au petit matin avec toujours une météo difficile. Le « village de tentes » installé par ceux qui préfèrent dormir seuls est évacué ainsi que le site des deux forages de prélèvement d’air, par précaution. La tranchée scientifique est finalement l’endroit le plus protégé et le plus calme du camp…

Vendredi 18 juillet

Nous poursuivons la mesure et la découpe en parallèle des deux carottes de surface, et l’analyse de la conductivité électrique donne des repères nets : une forte couche de fonte observée partout au Groenland en 1889 (vue seulement sur l’une des carottes), l’éruption du Krakatoa… Le vent devient de plus en plus soutenu et déplace beaucoup de neige autour des bâtiments.

Neige s'accumulant dans les tranchées scientifiques

Jeudi 17 juillet

Le début des forages de surface suisse et américain est finalisé à l’aide du carottier manuel, donnant accès à une profondeur de 7.5 et 10 mètres. Le trou du forage profond NEEM a été élargi jusqu’à atteindre le diamètre des tubes permettant d’insérer ultérieurement le fluide de forage : le carottier léger peut être retiré de la tranchée scientifique et installé sur un traîneau. Il sera ensuite utilisé pour forer en parallèle pour les deux opérations de prélèvements d’air de névé. Le matin, nous terminons de découper les carottes superficielles et nous mettons au point le transport des carottes depuis le camp de prélèvement d’air jusqu’à la tranchée scientifique : une grosse caisse en bois sur un traîneau permettra de transporter en parfaite sécurité les carottes. Elle est vite surnommée le « cercueil »… Après la fin de l’installation du second garage, nous continuons à installer le matériel de découpe et de mesure des carottes dans la tranchée scientifique. La scie horizontale suisse pose quelques problèmes et doit être déplacée à plusieurs reprises (et elle est très lourde…). Un système de transport de caisses (ascenseur à carottes) est également installé dans la tranchée scientifique, dans l’optique de pouvoir extraire facilement les caisses contenant les échantillons de glace et les carottes. Globalement, nous sommes dans les temps pour toutes les opérations scientifiques : démarrage et élargissement des premiers 100 mètres pour le forage profond, forages superficiels pour les prélèvements d’air en cours.

Demain, 3 personnes devraient partir en raid pour NorthGRIP afin de récupérer du matériel et également pour faire un forage superficiel afin de compléter l’enregistrement climatique obtenu sur ce site jusqu’à l’actuel. Ce soir, nous devrions pouvoir tester la première soirée « cinéma » avec projection de film sur écran mural…

Mercredi 16 juillet

Le temps reste couvert et très venté, et le camp se couvre peu à peu de neige. Après quelques brasses dans la neige molle, le constat est clair : l’entrée de la tranchée scientifique se comble rapidement et il y a urgence à la fermer. Le matin, nous commençons cependant par traiter les premières carottes des deux forages de surface conduits à 1 km du camp et destinés à échantillonner l’air du névé. Ces prélèvements ont deux objectifs : d’une part, mieux connaître l’histoire de la composition atmosphérique au cours des dernières décennies (air qui diffuse peu à peu dans le névé, poreux) ; d’autre part, caractériser les processus de piégeage de l’air et la différence d’âge entre l’air et la glace de même profondeur. Deux équipes, l’une américaine et l’autre suisse, se sont installées. Nous commençons par découper en tronçons de 2.5 cm les premiers mètres de carottes de neige de plus en plus compacte. Cette résolution spatiale permettra de suivre les cycles saisonniers successifs.

Les conditions de travail sont délicates à cause du vent fort et de la neige soufflée par le vent : nous nous installons dans l’avancée de la tente américaine, juste à l’abri du vent. Ensuite, retour au camp pour nous réchauffer d’abord puis fermer l’entrée de la tranchée scientifique. Nous commençons par pelleter les quelques mètres cubes de neige accumulée dans l’entrée puis nous installons 3 madriers verticalement avant de descendre puis de clouer 6 plaques de contreplaqué. En bas, la neige est profonde et nous nageons littéralement dedans. L’après midi, nous poursuivons la découpe des carottes de surface et rentrons avec plus de 300 échantillons de névé. Ce sera particulièrement important de comparer les informations climatiques obtenues de carottes voisines, afin de déterminer le rapport signal sur bruit des enregistrements !

Mardi 15 juillet

Aujourd’hui, le temps est toujours à la neige mais avec un vent relativement modéré. Nous devons installer un garage, formé d’une structure métallique et d’une toile épaisse. Ce garage servira à protéger les véhicules pendant l’hiver. La matinée est passée pour 8 personnes à monter la structure métallique, et l’après midi pour attacher les toiles de deux des côtés. Nous aurions dû achever le soir après le repas mais c’est impossible car le vent est devenu beaucoup trop violent pour pouvoir manipuler la tente.

Lundi 14 juillet

Depuis 3 semaines, j’attendais qu’il neige : c’est chose faite. Avec un étudiant danois, Hans Christian, nous prélevons les premiers échantillons grâce à une table équipée de rebords. L’objectif est d’avoir une mesure directe de la composition isotopique de la neige, de la mettre en relation avec les conditions météorologiques locales et avec les calculs de trajectoires des masses de vapeur d’eau, et enfin de caractériser par la suite les processus affectant la composition isotopique de la neige de surface (diffusion…). Le matin, nous récoltons de magnifiques flocons, puis l’après midi des grêlons. En parallèle, nous poursuivons l’installation de la tranchée scientifique : scie horizontale (scie suisse dont plus personne ne se souvient des modalités d’installation), scie verticale, et deux bancs de mesure de la conductivité électrique de la glace, pour les comparer et valider le système semi automatique qui sera utilisé pour tout le forage profond NEEM à la place du banc manuel de NorthGRIP. La conductivité électrique est influencée par plusieurs facteurs comme la présence de couches de fusion-regel, la présence de particules d’origine volcanique, ou de poussières. C’est un outil précieux en particulier pour caractériser la profondeur des couches volcaniques et construire une datation commune aux différentes carottes de glace. Le générateur principal est mis en place : il est beaucoup plus silencieux que les précédents !!!

Dimanche 13 juillet

Après un démarrage en fin de matinée, nous déplaçons dans la tranchée scientifique le matériel qui servira à découper et faire quelques mesures sur les carottes. La plupart du matériel d’analyse (analyses en continu de la composition chimique de la glace, analyses physiques du matériau glace) sera installé l’année prochaine.

Le vent et le soleil ont érodé l’un des côtés de la tranchée scientifique et effacé les marques de la fraise à neige. Le flanc lisse de la paroi, profonde de 6 mètres, révèle très nettement la présence de couches de fusion regel assez épaisses (plusieurs centimètres). Nous creusons dans la paroi le long d’une de ces couches pour l’étudier plus en détail. La présence de ces couches de regel est courante dans les carottes du Groenland, de l’Arctique ou des glaciers tropicaux et tempérés. Nous allons les mesurer sur les carottes : les épisodes climatiques chauds devraient pouvoir être détectés à travers la proportion de ces couches.

Samedi 12 juillet

Aujourd’hui, je suis de service pour aider dans la cuisine et c’est donc une journée relativement calme passée à préparer le repas du midi. Relativement tranquille, car la construction du camp se poursuit (câblages électriques) et l’aménagement intérieur du dôme est animé (plomberie, menuiserie…). Après la douche du samedi, le soir, nous partageons un repas coréen, délicieux, et une soirée pleine de gaieté. Le rituel de la fête du samedi soir est précieux pour rompre la suite de journées bien remplies.

Vendredi 11 juillet

Ce matin, arrivée du dernier avion de cette semaine. Adieux et découverte des nouveaux arrivants : le camp se remplit, et passe de 16 à 32 personnes. Nous emménageons dans le dôme principal inachevé… Je suis ravie d’avoir à nouveau de la compagnie dans la tente, que je partage maintenant avec une italienne et une néerlandaise. Après le transport des passagers, des bagages, place à la recherche de caisses fraîchement débarquées. L’un des glaciologues suisses a apporté une balance de précision suite à la panne de la balance du camp : nous reprenons les carottes du forage superficiel et pesons chaque segment de 55 cm afin d’établir le profil de densité de la neige en fonction de la profondeur, pour les premiers 106 mètres. Les résultats concordent parfaitement avec la carotte superficielle prélevée en 2007 et permettent de définir précisément l’épaisseur du névé et la transition neige-glace. Les forages destinés au prélèvement d’air de névé devraient cibler une profondeur d’environ 64 mètres.

Jeudi 10 juillet

Le vol quotidien apporte cette fois uniquement du matériel et du fuel. Nous faisons au plus vite pour aménager le dôme. J’aide à l’installation de la plomberie (douche etc) puis à combler les interstices du dôme grâce à de la laine de roche. Pas très agréable ni sur la peau ni dans le sac de couchage, le soir…

Mardi 8, Mercredi 9 juillet

C’est aujourd’hui qu’arrive le premier vol d’une série de 3 avions C130 qui apportent du matériel scientifique, du ravitaillement pour le camp, et beaucoup de nouveaux arrivants. Marianne, le médecin du camp (et très impliquée dans la construction du dôme) nous quitte. Je retrouve plusieurs collègues danois : les premiers arrivants de ce vol sont ceux qui vont ensuite partir en raid jusqu’au site de NorthGRIP pour y récupérer un véhicule et du matériel. Nous passons beaucoup de temps à déballer les caisses de matériel et les transporter jusqu’à leur lieu d’utilisation. Nous déménageons dans le dôme principal la cuisine et le matériel de liaison avec le monde extérieur… Le dôme est agréable car doté de fenêtres mais encore mal isolé. Un maximum de personnes travaille à améliorer cela en comblant les vides entre les panneaux en bois à l’aide de mousse de polyuréthane (en rappel depuis le sommet, par l’extérieur).

Lundi 7 juillet

Nous achevons enfin l’excavation du tunnel… Au total, nous aurons déplacé de l’ordre de 12 tonnes de neige. Inutile de dire que c’est excellent pour la remise en forme. A présent, nous pouvons envisager l’équipement de la tranchée scientifique qui devient connectée à la tranchée de forage.

Dimanche 6 juillet

Nous poursuivons l’excavation du tunnel… La technique s’améliore peu à peu et nous progressons lentement. Au final, les dimensions sont de 6 m de long par 2.5 m de large et 2 m de haut. En parallèle, la construction du dôme s’achève. Côté forage, le but est maintenant d’élargir le trou (diamètre 7.8 cm) afin d’y installer une série de tuyaux permettant de conduire le liquide de forage dans la glace sans fuite dans le névé. Diamètre cible : plus de 35 cm. Cette opération se fait successivement à l’aide d’une série de tubes de diamètres différents… Plusieurs jours de récupération de copeaux en perspective.

Samedi 5 juillet

La matinée se passe à creuser à la tronçonneuse un tunnel entre la tranchée scientifique et la tranchée de forage. Chaque bloc de neige dure est découpé à la tronçonneuse, transporté sur un traineau. Lorsque le traineau est plein, nous utilisons un skidoo (scooter à neige) et une longue corde pour le remonter à la surface et le vider. Long… L’après midi, je prépare avec Fabien, un chercheur français qui travaille au British Antarctic Survey (et qui fait des mesures radar du déplacement de la glace), un repas français pour la fête du samedi soir.

Vendredi 4 juillet

Mauvais début de journée pour moi : je commence par utiliser la souffleuse à neige pour déblayer les congères entre tranchée scientifique et tranchée de forage, puis ensuite pour rajouter de la neige autour des tentes. En effet, le vent a peu à peu creusé autour des structures et a enlevé la neige qui assurait leur étanchéité au sol. En passant, je coupe malencontreusement un câble électrique (heureusement, facile à réparer) puis je tombe avec l’engin dans un trou de neige molle : il faut la grue du Piston Bully pour récupérer la machine à neige. Du coup, je passe l’après midi à installer des lits superposés pour les nouveaux arrivants…

Jeudi 3 juillet

Forage et découpe des carottes se poursuivent : la profondeur finale est de 106 mètres, soit un âge estimé grossièrement à environ 350 ans. En attendant l’installation du matériel scientifique, les carottes sont seulement emballées par segments de 55 cm et stockées dans des caisses isothermes au fond de la tranchée scientifique.

Mercredi 2 juillet

Dans une semaine, la population du camp va doubler, avec de nombreux nouveaux arrivants : il y a urgence à finir la construction du dôme. Aujourd’hui, ce sont 4 grandes fenêtres qui sont posées. A terme, ce dôme devrait être efficace en terme d’isolation et agréable grâce aux
différentes ouvertures. De la même manière, la tranchée de forage est éclairée par la lumière du jour grâce à 2 panneaux transparents posés sur le toit. Cela change de la pénombre et des néons des tranchées de NorthGRIP. Côté forage, le rythme s’est un peu ralenti suite d’abord à
une panne de générateur puis à la difficulté normale de forer la neige de plus en plus compacte à mesure qu’elle se transforme en glace. En fin de journée, on atteint la profondeur de 80 mètres, avec des bulles bien visibles dans la glace. L’objectif est d’atteindre 110 mètres pour préparer le forage profond, qui aura lieu avec un autre carottier spécifique pour le projet NEEM.

Démarrage du forage avec le carottier « léger » danois.

Mardi 1er juillet

L’équipe « dôme » passe encore toute la journée à finir le plancher du dôme. En parallèle, le forage se poursuit, avec un rythme d’environ 30 passes par jour. Pour cette première journée de forage, les carottes extraites du carottier ont une taille moyenne de 122 cm. En attendant
l’installation des différents instruments de la tranchée scientifique, les carottes sont simplement mesurées, et découpées en segments de 55 cm. Elles sont ensuite stockées sous gaines plastiques numérotées. La température de la tranchée de forage est de l’ordre de -16°C
le matin et -14°C l’après midi. Le forage a démarré au fond de la tranchée, 7,28 mètres sous la surface. Nous utilisons la balance de la cuisinière pour estimer grossièrement la densité des carottes, et suivre la compaction de la neige en glace. En fin de journée, nous avons obtenu 30 mètres de carottes. En fin de journée, le plancher du dôme est terminé. La fatigue se fait sentir, et à 22h la tente cuisine est vide…

L’emballage des carottes de glace

Lundi 30 juin

Pendant qu’une première équipe installe les 3 couches d’isolant sur le plancher du dôme, nous installons le carottier « superficiel » et la table de mesure et de découpe des carottes. En fin de journée, nous obtenons la première carotte du forage NEEM.

Dimanche 29 juin

Le dimanche matin, chacun démarre à son propre rythme : pas de week-end, mais une journée de travail plus courte le samedi et un dimanche matin tranquille. Aujourd’hui, plusieurs équipes sont constituées : les foreurs, qui récupèrent et mettent en place le matériel expédié
précédemment ; l’équipe de construction du dôme, qui continue à visser les panneaux sur la structure métallique ; enfin, l’équipe de construction du toit de la tranchée scientifique. Ouf, elle est enfin couverte en fin d’après midi ! Une bonne séance de cogitation est consacrée à la petite tranchée latérale qui relie les deux tranchées principales, et dont une bonne partie de neige doit être évacuée. Enfin, nous terminons de boucher les trous sur les bords du toit, afin d’éviter que la neige soufflée par le vent ne puisse pénétrer dans la tranchée scientifique. Nous comblons deux des côtés à l’aide de blocs de neige dure, creusés soit à la pelle soit découpés à la tronçonneuse, et le dernier côté est bouché à l’aide d’un engin mécanique (Piston Bully). Demain, une petite équipe finira le toit de la petite tranchée latérale, et le
forage devrait démarrer.

Les repas de midi et du soir sont pris en commun dans la tente dôme rouge. Tout est rouge : la tente, les visages (soleil + froid), la nappe en plastique…

Samedi 28 juin

La construction du toit de la tranchée scientifique se poursuit à un rythme régulier, et à la fin de la journée de travail, vers 17h30, le plus gros du travail est fait, y compris la pose d’un madrier en travers du passage entre la tranchée scientifique et la tranchée de forage.

Vue du toit de la tranché scientifique.

Le soir, nous avons la chance de pouvoir prendre la douche hebdomadaire. L’installation est sommaire, avec une tente dans un coin du garage-atelier, un matelas gonflable posé sur la neige, et un bidon qui permet de faire fondre la neige. Les 4 femmes du camp ont le luxe de
prendre leur douche en premier, avec une température de l’air autour de 0°C et une température de l’eau autour de 10°C… Comme dans le camp de NorthGRIP, le samedi soir est un jour particulier : chacun doit porter une tenue « de soirée » (cravate obligatoire pour les
hommes, robe pour les femmes). Ce soir, c’est Mark Curran (de l’Antarctic Division, Hobart, Tasmania) qui a cuisiné un plat de curry particulièrement vitalisant. Si tous les repas de midi et du soir sont pris en commun, celui du samedi soir est un bon moment partagé et les rires résonnent sous le soleil de minuit.

Vendredi 27 juin

La journée a encore été consacrée à l’installation du toit de la tranchée scientifique. Les bords ont été aplanis par une dizaine de personnes armées de pelles. Ensuite, des traverses ont été posées puis des madriers d’une centaine de kilos ont été vissés sur les traverses, et enfin des plaques de contre-plaqué ont été clouées sur les traverses. C’est agréable de voir le travail progresser, et à la fin de la journée le premier tiers de la tranchée est posé. Nous avons utilisé plusieurs centaines de longs clous, à tel point qu’un marteau a été brisé.

Vue de la tranchée scientifique avant la pose du toit : il faut aplanir les bords, à la souffleuse à neige puis à la pelle…

En milieu de journée, nous avons aperçu plusieurs oiseaux qui volaient autour du camp (sortes de goélands), puis nous avons eu la surprise de voir arriver deux skieurs finnois qui ont traversé l’ensemble de la calotte du Groenland, depuis Narsassuaq au sud. Partis depuis la mi-avril, ils espèrent rallier Qanaaq au nord-ouest d’ici une vingtaine de jours. Ils se joignent avec plaisir à notre repas mais repartent dès le lendemain, avec du ravitaillement.

Des visiteurs imprévus : deux skieurs finnois qui tentent le record de distance sur ski au Groenland, avec une traversée nord-sud. Impressionnants !

Jeudi 26 juin

Le trajet en C130 depuis Kangerlussuaq jusqu’à NEEM s’est passé comme prévu, rendez-vous à 3h15 du matin pour un départ à 4h40 et 2h30 de vol. La vue aérienne de la côte ouest du Groenland est spectaculaire, avec des milliers de lacs sur les zones libres de glace et également une myriade de lacs de fonte bleutés sur la calotte. Le survol de la baie de Disko révèle le retrait des glaciers qui laisse apparaître des roches érodées.

Le glacier de Jakobshaven dans la baie de Disko. On distingue en bas les icebergs en formation, et sur les bords et au milieu du glacier des roches récemment émergées suite au recul du glacier au cours des dernières années.

Après le déchargement du frêt (dans notre cas, essentiellement le nouveau générateur), 4 passagers débarquent et saluent rapidement les 5 occupants précédents du camp qui retournent à Kangerlussuaq, impatients à l’idée de pouvoir prendre une vraie douche et laver des vêtements légèrement encrassés après 6 semaines à NEEM.

L’accueil des nouveaux arrivants se fait chaleureusement autour d’un petit déjeuner copieux. Chacun se voit attribuer un lit dans l’une des tentes. Je partage celle de Marianne, médecin du camp qui participe à la construction du dôme. Dès l’installation faite, chacun participe aux différentes tâches. Suite au mauvais temps subi depuis le mois de mai, la construction du camp a pris du retard. Côté forage profond, il reste à installer un toit sur la tranchée scientifique pour éviter qu’elle ne se comble rapidement de neige, mettre en place le matériel de forage, de mesure et de découpe des premières carottes. Les opérations de forage, de traitement ou de stockage de la glace se font en sous-sol, afin d’avoir une température la plus froide possible. A NEEM, il neige chaque année l’équivalent de 23 à 24 cm d’eau et la température moyenne annuelle est de l’ordre de -28°C.

Vue du camp NEEM depuis le C-130. On distingue de gauche à droite la tente dôme rouge cuisine, une tente dôme d’habitation rouge, le dôme noir en cours de construction, puis, à droite, une tente d’habitation.

Du côté du dôme, la principale difficulté est de fixer les panneaux de bois sur les montants en métal, par l’extérieur, suspendus à des harnais d’escalade.

Vue de l’intérieur de notre tente.

Je réapprends à conduire un skidoo, puis à conduire une machine à souffler la neige afin d’aplanir les bords de la tranchée scientifique, pour pouvoir installer les madriers qui supporteront le toit. En relais avec Dorthe, nous y passerons toute la journée. Inutile de dire qu’à 21h tout le monde ou presque tombe de sommeil.

Mardi 24 juin

Le beau temps pose problème, la température est trop élevée à NEEM pour que le vol prévu ce matin puisse espérer redécoller sur la neige (neige de surface collante). Les 8 personnes qui devaient partir ce matin patientent en allant jusqu'au glacier voisin de Kangerlussuaq, spectaculaire. Quant aux autres, nous retournons à l'entrepôt, sortir des 3 conteneurs déjà sur place le matériel et le mettre sur palettes pour l'enlèvement. Au total, 12 tonnes de matériel ont été préparées, pour les 3 prochains vols. Beaucoup de matériel a dû être manipulé "à la main"... avec une douzaine de paires de bras. Le prochain vol ("de nuit") part demain pour NEEM, avec la nourriture et 9 personnes. Dorthe Dahl Jensen, coordinatrice du projet NEEM, va prendre le relais de son mari, Jorg Peder Steffenson, comme chef de camp.

Les vols suivants auront lieu jeudi au petit matin, d'abord pour le frêt (générateur) puis pour le reste du personnel.
Nous allons accueillir chaleureusement les vaillants qui ont ouvert et construit le camp pendant les dernières semaines, dont Gaël Durand de Grenoble, et qui vont savourer le retour au confort (douches, lits...) et un repos bien mérité, au vu de la fatigue accumulée. Les conditions météorologiques ont été particulièrement rudes avec des chutes de neige et du mauvais temps.

Lundi 23 juin

Arrivée à Kangerlussuaq, ancienne base militaire américaine et principal aéroport du Groenland. Depuis ma première mission au Groenland, en 1997, la ville a très peu changé. Quelques bâtiments en plus, beaucoup de soldats américains en moins... Cela semble toujours une ville fantôme où la plupart des visiteurs ne font que passer avant de prendre un autre vol vers d'autres régions du Groenland.

Avec les 14 nouveaux arrivants, nous nous installons dans le bâtiment d'accueil des scientifiques (le KISS, comme Kangerlussuaq International Science Support). Il me faudra attendre minuit pour découvrir l'autre occupante de la chambre, une géologue suédoise qui profite de chaque minute pour explorer les environs.

Nous partons tous dans l'entrepôt de stockage pour identifier le matériel expédié par avance et compléter l'équipement nécessaire.
Bonne nouvelle : le bateau porte-conteneur qui livre normalement en juillet et en août, chaque année, le frêt pour Kangerlussuaq, est arrivée en avance. Le matériel lourd pour la construction du camp (générateur, panneaux de construction, combustible, nourriture etc) est à bord. Les rotations de bateau puis de camion entre le port et le village apportent jour après jour les 135 conteneurs embarqués. Les 6 conteneurs de frêt pour NEEM arrivent au compte-goutte, et il faut préparer au plus vite les palettes pour les vols C130 prévus ces prochains jours. Les gros porteurs américains ont aussi apporté une palette de nourriture, qu'il faut trier puis conditionner à nouveau.
Le temps est au beau fixe, et les moustiques entrent en action. Certains scientifiques semblent plus attractifs que d'autres...

Vous pouvez suivre en ligne (et en anglais) la campagne sur le terrain du programme international NEEM.

Le projet NEEM est intégré aux programmes API n°117 - IPICS et 118 - Greenland Ice Sheet


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